Quand pour la première fois dans l'histoire, un Pape prend le nom de François et vient à Assise un 4 octobre !

En tant que laïcs franciscains, l’événement nous a semblé tellement « énorme » que, dès l’annonce de la nouvelle, nous avons voulu le vivre sur place et le plus possible de l’intérieur, en logeant au Monastère des Clarisses françaises.

 

Dès notre arrivée, nous avons senti une grande fébrilité dans l’air : plusieurs rues venaient d’être fraîchement goudronnées y compris devant le Monastère Ste Colette de nos chères Clarisses qui ont voulu un moment y voir le signe que le Pape passerait sûrement par là… ce qu’ont vite contredit, hélas, les nombreux tracts-programmes fournis au public un peu partout, programmes indiquant le parcours – assez compliqué – de la papamobile.


Les drapeaux commençaient à se déployer ici et là. Les églises étaient manifestement nettoyées à fond et rutilantes.


Les ouvriers s’affairaient à la construction de l’autel en bois prévu pour la célébration de la Messe présidée par le Pape devant la Basilique inférieure de St François. Des barrières étaient mises en place un peu partout.

 


Nous nous attendions à ne pas forcément entrevoir la soutane blanche : le Souverain Pontife allait devoir emprunter des rues bien étroites et le public des différents lieux de rassemblement prévus était très codifié. Heureusement, grâce à la diligence de l’hôtesse d’accueil du Monastère, nous avons pu obtenir un « Pass » pour le parvis de l’église Ste Claire !

Parachevant notre préparation spirituelle, nous avons bénéficié du Triduum des Moniales : trois magnifiques enseignements sur François donnés par un jeune frère franciscain italien revenant tout frais d’un long séjour à Nice, et donc parlant très bien le français : François et la Prière, François et le Pardon, François et la Paix, avec en conclusion un vibrant appel à prier pour notre pape Francesco afin d’accompagner sa démarche de pèlerinage.

Nous choisissons de vivre le Transitus au Monastère et nous nous laissons couler dans la beauté et la profondeur des lectures et des chants de la Communauté.

Le 4 Octobre arrive enfin. La messe conventuelle suivie des Laudes est avancée d’une heure pour permettre au célébrant de rentrer à temps au Sacro Convento. Le temps de chanter les Laudes et ce serait juste l’heure de l’atterrissage de l’hélicoptère papal en contrebas du Monastère, atterrissage que l’on allait pouvoir observer depuis les fenêtres de la Chapelle. Mais, surprise, vers la fin de la Messe célébrée avec tout le soin qu’imposait la Solennité du 4 octobre, les vrombissements de l’hélicoptère papal se font entendre, un bon quart d’heure avant l’heure prévue… Facile d’imaginer le cœur palpitant des Sœurs… Mère abbesse pense bien faire en proposant de remettre la récitation des Laudes à plus tard. A notre grande stupéfaction, toutes les Sœurs se récrient : « Non. On continue ! » Et d’enchaîner : « Dieu, viens à mon aide… Seigneur à notre secours »  Impressionnant !... Il importait, en effet, que nos clarisses françaises laissent la priorité à leur mission de louange à Dieu (… en français, comme le Séraphique Père !), à leur mission de prière et d’offrande pour l’Eglise et tout particulièrement en ce jour, pour le successeur de Pierre…



Après les Laudes chantées avec ferveur et dans la paix, tout le monde s’est vite éclipsé pour réapparaître sur les murailles : les hôtes d’un côté, les cloîtrées de l’autre. Nous avons enfin pu voir passer en contre-bas la papamobile tant attendue, … à côté de quelques moutons qui paissaient tranquillement sur le talus !


Après la rencontre avec les enfants handicapés – rencontre très émouvante que nous découvrirons plus tard en retransmission : « Nous sommes ici parmi les plaies de Jésus… ils ont besoin d’être entendus par ceux qui se disent chrétiens.. », le Pape Francesco se rend rapidement en privé au Monastère de St Damien, puis part à l’Evêché, à la salle du dépouillement de François, entouré des pauvres aidés par la Caritas locale : « La mondanité tue l’âme, tue les personnes, tue l’Eglise »…  tentation de « faire un christianisme un peu plus humain, sans croix, sans Jésus, sans dépouillement » et de devenir « des chrétiens de pâtisserie, comme un beau gâteau…»

Le Pape, acclamé par la foule amassée sur la pelouse devant la Basilique supérieure de St François, est conduit à travers la Basilique jusqu’au tombeau devant lequel il se recueille intensément. Puis c’est la Messe papale que nous suivons attentivement … devant notre ordinateur… alors que nous entendons résonner les chants de la célébration toute proche depuis le jardin du Monastère. La participation des responsables politiques de la Province d’Ombrie et des collectivités locales à cet évènement historique est remarquable, chaleureuse, bon enfant et… sans complexe, ce qui nous change quelque peu du climat obligé de réserve « laïciste » de notre pays… Il est vrai que François d’Assise est le Patron officiel de l’Italie !

A l’homélie, les traits déjà tirés, Papa Francesco s’exprime avec force gestes et avec passion. Prenant appui sur l’exemple de St François, il rappelle : "qu'être chrétien implique une relation vitale avec la personne de Jésus, c'est-à-dire se revêtir de Lui, s'assimiler à Lui "…  "D’où part le chemin de François vers le Christ ? Il part du regard de Jésus sur la croix. »… "Celui qui se laisse regarder par Jésus crucifié est recréé, il devient une nouvelle créature ». Et plus loin : "La paix franciscaine n’est pas un sentiment doucereux. S’il vous plaît : ce saint François n’existe pas ! La paix de François n’est pas non plus une espèce d’harmonie panthéiste avec les énergies du cosmos… cela aussi n’est pas franciscain. La paix de François est celle du Christ, et la trouve celui qui prend sur lui son joug, c'est-à-dire son commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimésLe saint d'Assise témoigne du respect pour tout ce que Dieu a créé et que l'homme est appelé à garder et à protéger, mais il témoigne surtout du respect et de l'amour pour tout être humain...  Respectons la création, ne soyons pas les instruments de sa destruction. Et respectons tout être humain"....


Nombreux étaient les pèlerins qui affluèrent vers Ste Claire avec nous en début d’après-midi. Pendant notre attente, nous suivons sur écran géant l’arrivée du Pape, de retour des Carceri où  il est allé en visite privée, et de Saint Rufin en présence des religieux, religieuses et prêtres du diocèse entourés des conseils pastoraux.


Toujours la même tendre affection en serrant les mains et en bénissant les enfants, la même chaleur et conviction dans ses propos : «  Qui parmi vous connaît le jour de son baptême ? »… Aux jeunes couples : « Disputez-vous autant que vous voulez, même si les assiettes volent ! Mais ne jamais terminer la journée sans faire la paix. Jamais ! »

 

C’est enfin pour nous le moment de son arrivée à Ste Claire. Il s’attarde peu sur la place, mais les

acclamations « Papa Francesco » fusent jusqu’à ce que les portes de la Basilique se referment sur lui. Nous nous réjouissons qu’il prenne manifestement tout son temps pour prier devant le Christ qui a parlé à François, devant les reliques de Ste Claire et pour s’entretenir longuement avec les Clarisses du Protomonastère et les mères abbesses des monastères de clarisses voisins dont, à notre grande joie, Mère Marie de Jésus que nous verrons sur les écrans géants en train de saluer le Pape. 

« Quand une sœur contemplative consacre toute sa vie au Seigneur, il advient une transformation que l’on ne finit pas de comprendre »… La vie des contemplatives est ancrée « dans la contemplation de la réalité de l’humanité de Jésus, des plaies de Jésus »… Le signe d’une « religieuse humaine », c’est « la joie », c’est « son sourire qui vient d’une joie intérieure » « pas le sourire d’une hôtesse de l’air ».. « Le monastère ne doit pas être un purgatoire mais une famille »…

De là, le Pape se rend ensuite à Marie-des-Anges pour la rencontre avec les Jeunes qui l’attendaient depuis l’aube : « N’ayez pas peur de faire des pas définitifs dans la vie …», et repart en hélicoptère depuis Rivo Torto qu’il a tenu également à découvrir en visite privée.

Quant à nous, nous nous sommes empressés de retourner à l’Hôtellerie du Monastère pour écouter, à l’instar des sœurs, la retransmission sur internet de l’ensemble des messages, en terre assisiate, du « doux visage du Christ sur la terre ».

Il nous reste maintenant, nous tous qui nous trouvons « fils de St François » à l’heure où, pour la première fois, un Pape porte le nom de François, à cueillir, goûter et méditer ses merveilleux messages donnés à Assise… et à les laisser nous transformer !...

 

Jean-François et Chantal