Homélie à l’intention de Marie Hélène Gouriou, sœur de Sr Marie de Jésus, le jour de ses funérailles
Sœurs, chères Clarisses,
Nous sommes réunis ce matin autour de l’autel pour Marie Hélène, sœur de notre sœur Marie de Jésus.
En France, ses obsèques ont été célébrées sans l’Eucharistie. C’est pourquoi cette messe, offerte pour elle ici, à Assise, est une véritable consolation : ce que la liturgie n’a pas pu donner là-bas, le Seigneur le donne aujourd’hui dans le pain rompu et le sang versé pour elle.
L’apôtre Paul nous dit une chose qui change complètement notre regard.
La mort, nous ne la rencontrons pas seulement au dernier jour. Nous y sommes déjà entrés. «Par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui». Le jour de notre baptême, nous sommes descendus avec le Christ dans la mort — non pour y rester, mais « pour mener une vie nouvelle ».
La vie des ressuscités n’attend pas la fin. Elle a déjà commencé. Et l’Esprit la fait jaillir en nous comme une source qui ne tarit pas.
Ainsi, mourir, pour le baptisé, ce n’est pas tomber dans le vide. C’est achever un passage commencé depuis longtemps.
Mais comment s’accomplit ce passage ?
L’Évangile nous le montre dans une parole même de Jésus : « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ». Et quelle est cette volonté ? « Que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour ».
Voilà à qui Marie Hélène est confiée aujourd’hui : non à l’oubli, mais à cette volonté du Père qui ne perd personne.
François avait compris que tout le chemin est là. En priant le Notre Père, il s’arrête sur une demande et l’ouvre ainsi : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : afin que nous t’aimions de tout notre cœur et que nous ne voulions rien d’autre que ce que tu veux ».
Déposer notre volonté dans celle du Père. Ne rien vouloir en dehors de ce qu’il veut. Ce n’est pas se résigner ; c’est se laisser conduire, jour après jour, par l’Esprit de Jésus.
Voilà, mes sœurs, le chemin de toute vie chrétienne, et plus particulièrement le vôtre, à la suite de François et de Claire : demeurer dans la volonté du Père. Non pas un instant, mais dans un mouvement continu qui rassemble toute la vie — la prière, le travail, le silence, la maladie, et jusqu’à la mort. Rien n’y est perdu, rien n’y est laissé de côté. Tout devient un seul passage vers le Père.
C’est ce que Claire savait déjà au terme de sa vie. On rapporte qu’à l’heure de mourir elle disait à son âme : « Va en paix, en sécurité, car tu auras une bonne escorte. Celui qui t’a créée t’a aussi sanctifiée, et il t’a toujours protégée comme une mère protège son enfant ».
Telle est l’assurance des pauvres qui n’ont gardé pour eux aucune volonté propre : ils savent entre quelles mains ils tombent.
Pour Marie Hélène, nous demandons cette bonne escorte. Que Celui qui l’a reçue au baptême l’accueille maintenant tout entière et ne la perde pas.
Sœur Marie de Jésus, je partage votre peine, ainsi que celle de vos sœurs. Votre chagrin est réel. Mais votre sœur n’est pas tombée hors de la main de Dieu : elle est entrée là où, chaque jour, vous apprenez vous-même à demeurer. Que le Seigneur vous donne sa paix.